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Sur cette page nous
allons détailler toutes les opérations nécessaires
à la mise en batterie du canon (c'est-à-dire la préparation
du canon pour le rendre prêt à tirer). Ces opérations
permettent de mieux apréhender la dextérité et le
sang froid nécessaires à nos fiers canonniers qui avaient
à servir leur 75 dans des conditions souvent insupportables de
fatigue, de faim et de froid, sous les tirs de l'artillerie adverse causant
de lourdes pertes dans les rangs de nos équipes de pièces.
Ces explications,
résumées et traduites dans un langage compréhensible
pour le néophyte, sont extraites de différents manuels d'artillerie.
Cependant, si l'aspect technique du travail de l'artilleur de 75 pendant
la grande guerre vous repousse, je vous invite à visiter la page
consacrée aux faits d'armes du
75.
INTRODUCTION.
La pièce se
compose d'un canon et d'un caisson, et du personnel nécessaire
pour la servir. Elle est placée sous les ordres d'un chef de pièce
du grade de Maréchal-des-logis.
Au commandement :
« RASSEMBLEMENT », les six servants
se forment sur deux rangs, face au chef de pièce.
En allant de la droite
à la gauche, le premier rang se compose des servants du caisson,
placés dans l'ordre suivant :
Le 1° pourvoyeur,
Le déboucheur,
Le 2° pourvoyeur.
Le deuxième rang se compose des servants du canon placés
dans l'ordre suivant :
Le pointeur,
Le chargeur,
Le tireur.
PLACES
DES SERVANTS SUR LES COFFRES.
Les servants se placent
sur les avant-trains de leurs voitures respectives dans le même
ordre qu'au rassemblement.
DISPOSITIONS
DE COMBAT.
Les dispositions
de combat comprennent toutes les opérations nécessaires
pour préparer la pièce attelée à être
mise en batterie. Le canon et le caisson étant sur leurs avant-trains,
au commandement : « DISPOSITIONS DE COMBAT
», les servants se portent au canon et au caisson.
Le tireur
ouvre le sac aux armement et prend un appareil de pointage qu'il remet
au pointeur,ainsi qu’une clef de coffre qu'il remet au 1° pourvoyeur,
il distribue ensuite l’ouate aux servants et au chef de pièce
(l’ouate permet de protéger les tympans des servants ; avant
le départ du cantonnement, une petite provision d'ouate est placée
dans le sac aux armements).
Le 1° pourvoyeur ouvre les cadenas des coffres
du caisson ; il remet la clef au tireur, qui la replace dans le sac aux
armements et referme le sac.
Le 2° pourvoyeur enlève le couvre-bouche
et le suspend à la tringle de la galerie porte-sacs de l'avant-train
du canon entre les deux montants du milieu.
Le chargeur enlève le couvre-culasse
et le suspend comme il vient d'être dit pour le couvre-bouche, le
couvre-culasse à droite.
Le pointeur met l'appareil de pointage en place
et place la division zéro du disque du niveau en regard du trait
de repère. Puis il fait mouvoir les volants de pointage pour s'assurer
que le berceau fonctionne facilement et que l'affût coulisse librement
sur l'essieu, et dispose l'affût à égale distance
des roues.
Le tireur vérifie le fonctionnement du
mécanisme de culasse et du système de percussion, et replace
la pièce de sûreté à la position de route.
Il s'assure que la hausse fonctionne régulièrement, puis
il la place à une distance quelconque supérieure à
3.500 mètres. Cette dernière opération faite, le
pointeur fait porter le frein sur le coussin, en agissant sur le volant
de pointage en hauteur, et cale ce volant.
Le chef de pièce contrôle ces opérations
et s'assure, d'après la position de la jauge, que le frein contient
une réserve de liquide.
MISE EN BATTERIE FACE A GAUCHE ( A DROITE ).
Le canon et le caisson
étant sur leurs avant-trains, le canon à 1m 50 à
droite du caisson, les servants étant sur les coffres; les dispositions
de combat ayant été prises, pour mettre la pièce
en batterie face à gauche (droite), les servants sautent à
terre et séparent les trains comme il est indiqué ci-après
:
Caisson.
Les pourvoyeurs se portent à la flèche du caisson, le premier
pourvoyeur à droite, et saisissent chacun une des poignées;
le déboucheur s'applique à la roue droite (gauche) de l'arrière-train.
Le premier pourvoyeur tire à lui le battant et le maintient avec
la main droite; les deux pourvoyeurs dégagent la lunette et la
font glisser aussitôt à gauche (droite); le premier pourvoyeur
annonce : « Caisson, prêt ».
Dés que l'avant-train commence son mouvement, les servants font
tourner le caisson à gauche (droite) sur place. Le deuxième
pourvoyeur dégage le té de la chaînette d'axe d'accrochage,
redresse l'axe et vient de nouveau saisir la poignée de son côté.
Les deux pourvoyeurs lèvent la flèche jusqu'à ce
que le coffre soit en équilibre sur l'essieu; ils l'abaissent ensuite
et la laissent poser à terre, pendant que 1e déboucheur,
qui a saisi des deux mains la traverse. des butées de renversement,
achève le mouvement de bascule en ayant soin d'empécher
un renversement trop brusque à la fin du mouvement.
Canon.
Le pointeur et le tireur se portent à la crosse de l'affût,
le pointeur à droite, et saisissent chacun l’une des poignées;
le chargeur s'applique à la roue droite de l'affût, le premier
pourvoyeur vient s'appliquer à la roue gauche.
Les servants séparent les trains comme il est expliqué pour
le caisson; le pointeur annonce : « Canon, prêt ».
Dès que l'avant-train commence son mouvement, les quatre servants
font tourner le canon face au but, puis le font avancer (reculer) en tournant
autour du caisson, de manière à le conduire exactement à
50 centimètres d'intervalle du caisson et à 50 centimètres
en avant. Le pointeur et le tireur posent alors la crosse à terre.
Lorsque le canon est assis, ses roues doivent se trouver à hauteur
de celles du caisson. Ce placement relatif des deux éléments
de la pièce, ainsi que l'intervalle de 0m,50 ont une très
grande importance pour la régularité et la facilité
du service de la pièce dans le tir. L'opération de l'abatage
a pour effet de faire reculer le canon de 0m,40 environ; en outre, le
recul produit par l'enfoncement de la bêche dans le sol au premier
coup de canon est en moyenne de 10 centimètres. Il est donc nécessaire
qu'avant l'abatage le canon soit à 0m,50 en avant du caisson.
Si le terrain est
difficile, le chef de pièce peut faire mettre successivement les
deux arrière-trains en batterie, en utilisant tous les servants.
Dans le cas où l'effort des six servants de la pièce serait
insuffisant, on peut faire appel aux servants d'une pièce voisine.
En principe, pour déplacer le canon et le caisson, les pourvoyeurs
s'appliquent aux poignées de crosse du canon ou aux poignées
de flèche du caisson; le chargeur et le tireur aux roues du canon;
le déboucheur et le chargeur aux roues du caisson.
POSTES DES SERVANTS EN BATTERIE.
Dès
que la pièce est en batterie, les servants déposent leurs
mousquetons contre les moyeus et à l'extérieur des roues
du caisson, ceux du canon à droite, ceux du caisson à gauche.
Le chargeur abat le bouclier articulé de gauche et le tireur abat
le bouclier articulé de droite.
Le déboucheur abat le débouchoir, retire les sacs à
terre, place le correcteur à la division 18, le cadran à
la division 2.500.
Les pourvoyeurs ouvrent les coffres du caisson.
Le tireur met la pièce de sureté à la position de
tir et ouvre la culasse.
Tous les servants prennent leurs postes; le pointeur et le tireur n'enfourchent
leurs sièges que lorsque la pièce est assise (on dit qu'une
pièce est assise lorsque la bêche est suffisamment enfoncée
dans le sol pour que l'affût ne recule pas). Le chef de pièce
se place à droite du canon, face à la flèche. Il
peut se porter momentanément sur les points où sa présence
peut être utile pour le contrôle des opérations, sans,
toutefois, enjamber la crosse.
PRÉPARATION
DU TIR.
Lors de la préparation
du tir, les opérations les plus importantes sont la mise en direction
de la pièce et son repérage.
Une pièce
peut être mise en direction :
1°
A vue :
Le chef de pièce, se plaçant derrière le canon,
fait déplacer la crosse par les pourvoyeurs. Le tireur baisse,
s'il y a lieu, la bouche du canon en manoeuvrant la hausse.
2°
Au moyen d'un point de pointage :
Le pointeur, après avoir donné la dérive commandée,
pointe, avec le concours des pourvoyeurs. Le chargeur aide le pointeur
à mettre et ôter la rallonge, sil y a lieu.
Repérage.
La pièce étant mise en direction, le pointeur repère
en direction (si la pièce a été mise en direction
par un point de pointage situé vers 1’avant ce point peut
être conservé comme point de repérage), puis donne,
s'il y a lieu, l'angle de site commandé.
Mesure de la hausse minima.
Le tir préparé, il y a intérêt, dans une position
masquée, à déterminer, pour un angle de site donné,
la hausse minima au-dessous de laquelle la pièce risquerait d'écrêter
le masque.
Le pointeur fait marquer au canon l'angle de site donné, puis il
dirige la ligne de mire naturelle sur le sommet du masque en faisant manoeuvrer
le tambour de hausse par le tireur; ce dernier lit la distance marquée
par la hausse et 1’annonce.
Cette distance est inscrite sur le bouclier de droite, avec l'angle de
site correspondant. La pièce ne devra pas tirer à une distance
inférieure à la distance inscrite, tant que l'angle de site
n'est pas changé.
Abattre.
On
dit qu'une pièce est abattue lorsque les roues reposent sur les
patins de frein de roues. L'opération par laquelle on fait monter
le canon sur les patins s'appelle 1’abatage.
La pièce étant repérée, le chef de pièce
commande : « Pour abattre »
A ce commandement, le tireur et le pointeur font reposer le frein de tir
sur son coussin, le chargeur et le tireur décrochent le frein de
roues, mais le maintiennent soulevé. Les pourvoyeurs se portent
à la crosse, le pointeur assure la ligne de foi verticale du collimateur
dans la direction de son point de repérage et fait ensuite l'indication
: « Prêt ».
A cette indication,
les pourvoyeurs maintiennent la flèche dans la position qu'elle
occupe.
Le chef de pièce se place à un mètre environ en arrière
du canon. Dès que le pointeur a fait l'indication : « Prêt
», le chef de pièce place la pointe de son pied droit à
70 centimètres environ de la lunette, le pied dans la direction
de la flèche et commande : « ABATTEZ
».
A
ce commandement, le tireur et le chargeur laissent tomber à terre
le frein de roues; les servants placés à la crosse élèvent
suffisamment la flèche pour que 1’enclenchement se produise,
en s'opposant a tout mouvement latéral, afin de bien lever la flèche
dans la direction donnée et en ayant soin de ne pas heurter le
sol avec l’extrémité de la bouche à feu.
Dès que les dents du crochet sont engagées dans celles de
la crémaillère du coulisseau et après qu'il s'est
assuré que le plan vertical de l'axe de la flèche passe
bien par son pied droit, le chef de pièce commande : « FERME
».
Les pourvoyeurs,
aidés par le chargeur et le tireur, qui s'appliquent à la
flèche, font effort pour poser la crosse à terre sans la
lancer. Au début du mouvement, ils ont grand soin de diriger la
lunette sur la pointe du pied du chef de pièce.
De son côté, celui-ci saisit la lunette, dès qu'il
le peut, et la dirige vers la pointe de son pied qui n'a pas été
déplacée.
La bêche reposant
à terre, le chef de pièce commande l'angle de site et lSe
tireur met la hausse à la distance 2.500 ; le pointeur pointe le
canon. Les autres servants prennent leurs postes pour le tir.
A
SUIVRE...
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